« Glorifier le culte des images » : les Salons de Baudelaire (1846, 1859)
Tout indique que, chez Baudelaire, fils d’un peintre, lui-même collectionneur de peintures et d’estampes, le goût de la critique d’art répond à un très puissant réquisit intime comme à une intense nécessité poétique : « Glorifier le culte des images (ma grande, mon unique, ma primitive passion)», confie-t-il dans Mon cœur mis à nu. Héritier de Diderot dont on découvre les Salons au XIXe siècle, Baudelaire porte le genre à un sommet d’exigence et de concentration, en subordonnant la tâche circonstancielle du salonnier (rendre compte de la production annuelle de peinture et sculpture dans le cadre du Salon officiel) à la hauteur d’un véritable « catéchisme de haute esthétique » : il y définit sa propre esthétique, non sans variations significatives d’un Salon à l’autre, au contact des grands Maîtres admirés, comme Delacroix, et avec un sens très puissant de la « critique partiale, passionnée, politique » et poétique, définie dans le Salon de 1846 comme l’individualisme bien entendu. On s’intéressera ainsi dans ce cours aux rapports de Baudelaire avec le genre du Salon littéraire, dans le sillage de Diderot, mais aussi de ses contemporains comme Théophile Gautier ; aux préceptes et aux méthodes de la critique telle qu’il la conçoit et la met en œuvre ; aux grands enjeux de l’esthétique qui fournissent, à chaque Salon, sa dominante thématique ; et à sa manière de regarder les tableaux, sans jamais séparer le lire du voir, et en puisant dans l’iconothèque reconstituée des Salons de 1846 et 1859 les images à mettre en regard des textes.
- Enseignant.e: Didier Philippot