Comment les scientifiques utilisent-ils les données empiriques pour tester ou valider leurs hypothèses théoriques ? Comment raisonnent-ils avec les données ? Dans quelle mesure leurs pratiques sont-elles bien fondées ?
L’objectif de ce cours est double : apporter des éléments de réponse à ces questions et faire apparaître les limites de leur traitement par la philosophie des sciences. Le parcours proposé est grossièrement chronologique et comporte deux grandes parties. Partant du problème humien de l’induction, qui est souvent conçu comme un point de départ dans les réflexions des philosophes des sciences sur le rapport entre données et hypothèses, nous discuterons les principales conceptions philosophiques du raisonnement scientifique et de l’induction, avec pour point d’aboutissement la proposition de théorie matérielle récemment formulée par John Norton. Dans un second temps, nous nous intéresserons à des aspects du raisonnement à partir des données qui sont peu ou ne sont pas pris en compte par ces conceptions centrées sur la justification et l’induction : la constitution des données, leur évaluation, la complexité et la réticularité des raisonnements réels. Cette seconde partie, plus exploratoire, conduira en particulier à introduire et discuter la notion de crédibilité des données scientifiques. Elle sera alimentée par la comparaison entre sciences et justice (relativement au raisonnement sur les faits) et, du côté des sciences, accordera une place de choix aux exemples empruntés aux sciences du passé profond (deep past). À l’issue de ce parcours, nous nous interrogerons sur les dimensions de l’unité et de la pluralité du raisonnement sur les faits.
- Enseignant.e: Isabelle Drouet