L3 Philosophie comparée Marwan RASHED

Le discret et le continu, de l’aporie zénonienne à l’antinomie kantienne

 

La question de l’infinitésimal parcourt depuis près de deux millénaires la philosophie naturelle et les mathématiques, dont elle constitue d’ailleurs l’un des lieux de rencontre les plus féconds. La question du discret et du continu apparaît comme telle avec la réfutation éléate du pluralisme atomiste pythagoricien. Ce débat donne lieu aux fameuses aporiesde Zénon d’Élée contre le mouvement, qui jouent à leur tour un rôle séminal dans la constitution de la doctrine aristotélicienne du continu, donc de la physique d’Aristote dans son ensemble. L’aporie devient plus formelle, sans rien perdre de son intérêt, à la période hellénistique, où elle est reprise à l’occasion de la confrontation entre le continuisme stoïcien et l’atomisme épicurien dont l’œuvre de Sextus Empiricus porte témoignage. Nous étudierons, en traduction française, ces différents moments de l’aporie grecque, ainsi que, en nous appuyant entre autres sur un traité inconnu et encore inédit – dont la traduction française sera distribuée en cours –, ses riches transformations dans la philosophie de langue arabe, qui voit s’achever le rapprochement entre la question physique de l’atome et celle, géométrique, du point dépourvu de grandeur. Le troisième volet du cours sera consacré à la philosophie classique du XVIIe siècle. Nous verrons comment l’aporie du continu, chez les trois plus grands – Galilée, Descartes, Leibniz – se pose en des termes qui sont, comme chez les Arabes, indissociablement physiques et géométriques, et comment l’incapacité des Modernes – y compris de Leibniz, qui y a pourtant consacré tous ses efforts – à la dénouer explique sa promotion ultime, chez Kant, au rang de deuxième antinomie de la raison pure.

 

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