Le sociologue et philosophe Georg Simmel (1858-1918) est, avec Max Weber, un des fondateurs de la sociologie en Allemagne. Un thème majeur de la sociologie allemande  était l’analyse du processus de civilisation, et Simmel est le penseur de la modernité au tournant du XXe siècle. Sa méthode consiste à aborder cette modernité à travers ses formes phénoménales : la grande ville, la mode, la culture du divertissement, et il est, à cet égard, un précurseur de l’ethnographie urbaine de l’École de Chicago. Tous ces phénomènes renvoient pour lui à un certain nombre de traits de la mentalité moderne : intellectualisme, esprit d’abstraction, nervosité, nouveau rapport au temps et à l’espace, individualisme, mais aussi conflit entre les aspirations de l’individu et le développement d’une culture impersonnelle (ce qu’il caractérisera comme une « tragédie de la culture »). Dans son grand ouvrage La Philosophie de l’argent (1900), il analyse la monétarisation de l’économie comme un fait social total qui permet de comprendre à la fois le mode de pensée moderne, l’évolution culturelle depuis le Moyen Âge, et la forme que prend la culture dans les métropoles modernes comme Berlin. Simmel s’inscrit ici dans une tradition de Kulturkritik (critique de la civilisation moderne) remontant aux Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme de Schiller, mais il reprend aussi des éléments à Marx (le fétichisme de la marchandise), ainsi qu’à Hegel et Dilthey (la théorie de l’esprit objectif). On s’intéressera à son diagnostic culturel et à l’actualité de celui-ci, en s’appuyant, par exemple, sur les  travaux récents d’Hartmut Rosa (dans l’ouvrage Accélération : une critique sociale du

temps). On s’intéressera également à la méthode philosophique et sociologique de  Simmel, qui se veut une réponse au défi du relativisme moderne, et à l’absence de socle  ontologique stable : pour Simmel, il n’y a plus de réalité absolue, plus de substance, mais que des relations. C’est ainsi que, par exemple, la société n’est ni une totalité organique, ni une somme d’individus sans unité cohérente : elle est un réseau de relations et d’interactions, une unité dynamique. C’est pourquoi sa sociologie se présente comme une analyse des formes de l’interaction (Wechselwirkung ) sociale (comme la concurrence, le conflit ou la sociabilité). En voulant apporter une réponse à la question du relativisme, Simmel s’inscrit dans une tradition de réflexion sur l’historisme (en tant que conscience du caractère historique et relatif de toutes les normes culturelles). Il propose une solution originale pour sortir du dilemme du relativisme, en adoptant une épistémologie relationniste qui se combine dans on œuvre tardive avec l’apport de la philosophie de la vie