Pour une approche écocr itique et écopoétique du siècle des Lumières : tentations prométhéennes et sentiments de la nature au XVIIIe siècle

M. Christophe Martin

Programme :

Depuis la fin du XXe siècle, l'écocritique et l'écopoétique se sont développées au sein des sciences humaines et des études littéraires. Si ces deux courants ont sans doute des fondements et des objectifs distincts, ils ont en commun de se donner pour objet les représentations du rapport entre les hommes et la nature. Or, il est d'autant plus paradoxal que le siècle des Lumières n'est guère retenu l'attention à ce point de vue que cette période peut être considérée comme un moment clef aussi bien pour l'écocritique que pour l'écopoétique, au moins pour trois raisons : 1) le XVIIIe siècle est d'abord le moment d'un épanouissement d'une attitude « prométhéenne » (selon la formule de Pierre Hadot dans Le Voile d'Isis) qui vise à rendre l'homme comme « maître et possesseur de la nature » selon la formule fameuse de Descartes. Les sciences expérimentales, en particulier, se trouvent alors investies d'une valeur nouvelle et presque mythique, laissant percevoir autant de perspectives radieuses que d'inquiétantes dérives. 2) Comme le prouve en particulier l'œuvre de Rousseau, les Lumières ont su, aussi, développer en leur sein une forme d'autocritique discernant les lourdes menaces impliquées dans cette domination de la nature. 3) Sur le plan esthétique, la période est aussi celle de l'émergence d'un nouveau sentiment de la nature.

Ce sont ces différents aspects que le séminaire s'efforcera d'explorer, en parcourant un large éventail de textes théoriques ou fictionnels de la période.