Qu’est-ce qui fait le propre de l’architecture ? Est-ce d’être ce qui, ajoutant à la construction la beauté et l’ornement, en fait un des beaux-arts ? « Un abri à vélo est un bâtiment ; la cathédrale de Lincoln est de l’architecture » écrivait Pevsner. Cette position qu’on qualifiera d’esthétisme invite à considérer les manières propres pour l’architecture de relever de la forme signifiante(Clive Bell) : les proportions, l’ornementation, les formes générales, l’échelle. Mais les théoriciens ont aussi considéré que le propre de l’architecture résidait dans sa fonctionnalité, autrement dit non seulement dans son utilité pratique mais aussi dans son rôle social et politique. Une telle approche téléologique insiste sur ses dimensions éthiques et fait de l’architecture un exercice de raison pratique : « Bien construire, c’est trouver la forme appropriée, c’est-à-dire la forme qui répond à ce qui perdure » écrit Scruton. Dans cette perspective, l’architecture peut être, et a effectivement été à plusieurs moments de l’histoire, chargée d’une tâche méliorative. Cependant, l’architecture n’est-elle pas, davantage qu’un moule, un reflet qui exprime la vie éthique de la société à l’intérieur de laquelle elle s’inscrit ? Dans ce cas, qu’est-ce que l’architecture moderne dit de la modernité, et quid du rapport que la modernité entretient avec les bâtiments issus du passé ?