
Discours amoureux et sagesse de l'amour au Moyen Âge
Matière première du lyrisme médiéval, des troubadours à Charles d’Orléans en passant par le Roman de la Rose, l’amour inspire le chant du poète, l’informe et le légitime. Mais il fait aussi l’objet dès le XIIe siècle d’un discours théorique qui vise à le normer et à lui assigner une place dans le champ du savoir. C’est que l’amour au Moyen Âge ne relève pas seulement de l’expérience émotionnelle ou subjective ; il est une réalité objective qui régit l’univers, une force épistémologique, active et cognitive, en même temps que la véritable source de l’être. À ce titre, son importance et sa dignité sont immenses, tant dans le champ de la métaphysique que de celui de la médecine. Il faut, pour se connaître et pour connaître Dieu, le cosmos et ses créatures, savoir ce qu’est l’amour et en connaître les lois. Le poète et le théologien, le « physicien » et l’encyclopédiste ont donc l’amour en commun dans leurs paroles et enquêtes. Exalté comme fin’amor (amour pur et parfait), il s’identifie à l’idéal de la courtoisie et régit la vie de cour entre le XIIe et le XVe s. Projeté sur la scène mentale de l’allégorie, il édifie des châteaux et crée des jardins amoureux. Il est enfin, dans les textes spirituels et mystiques, le sujet même du lyrisme, identifié à la figure du bien aimé de l’épithalame biblique (Cantique des Cantiques). Le cours interrogera la nature et la variété de ces discours à l’aune des sciences humaines, de l’histoire des formes et genres littéraires et de l’histoire des mentalités.
- Enseignant.e: Isabelle Fabre