Si la Méditerranée médiévale a été sillonnée par les navires des républiques maritimes italiennes, les Français y ont également été fortement présents. Principaux artisans des croisades, ils se sont établis en Terre sainte, puis à Chypre et à Constantinople. Dans quelle mesure peut-on donc parler d’une Méditerranée française au Moyen Âge ?

Semestre 1. Une expansion fragile (de l’an Mil à 1204)

Dès le début du XIe siècle, forts de leurs qualités guerrières, des hommes venus du royaume de France s’exportent, notamment dans la partie méridionale de l’Europe et en Méditerranée : c’est le cas dans la péninsule Ibérique, dans le contexte de la guerre contre Al Andalus, comme dans le sud de l’Italie, où des Normands se mettent au service des princes lombards qu’ils finissent par supplanter pour fonder le royaume de Sicile. D’abord discrète, la dimension religieuse devient plus importante à la fin du siècle, quand le pape Urbain II lance, au concile de Clermont, un appel à libérer les Lieux saints (1095). Après la prise de Jérusalem par l’armée de la Première croisade (15 juillet 1099), des États sont fondés en Terre sainte : le royaume de Jérusalem, la principauté d’Antioche, les comtés de Tripoli et d’Édesse. Au XIIe siècle, la Méditerranée devient un horizon familier pour les chevaliers français appelés à défendre la Terre sainte et bénéficiant, pour cela, du statut privilégié qui s’attache à ceux qui prennent la croix. En 1187, le sultan Saladin reprend Jérusalem et manque de peu de chasser définitivement les chrétiens, avant que la Troisième croisade ne rétablisse la situation. En 1204, bien loin de son objectif affiché, la Quatrième croisade s’achève par la prise de Constantinople, capitale d’un empire chrétien séculaire. Sur les décombres de l’empire byzantin, s’élèvent bientôt un empire latin, un royaume de Salonique, une principauté de Morée et un duché d’Athènes – fragiles, ces nouveaux États tiendront pourtant quelques décennies, en donnant naissance à une civilisation originale.

 

Semestre 2. De grandes ambitions contrariées (XIIIe-XIVe s.)

Jusqu’au règne de Philippe Auguste (1180-1223), la dynastie capétienne est loin de contrôler l’ensemble du royaume de France. Au XIIIe siècle, son rapide essor a pour conséquence un nouveau rapport avec la Méditerranée. Louis VIII prend pied dans le Midi de son royaume. Saint Louis lance une première croisade en Égypte (1248-1250), après l’échec de laquelle il séjourne longuement en Terre sainte (1250-1254) ; dès 1267, il reprend la croix, mais c’est pour mourir à Carthage, près de Tunis (1270). Ses deux échecs n’empêchent pas sa canonisation (1297), mais il n’y aura plus, par la suite, d’effort comparable pour libérer les Lieux saints. Son frère cadet, Charles d’Anjou, poussé par la papauté, devient roi de Sicile (1265) et s’efforce de se constituer un empire en Méditerranée, devenant même roi de Jérusalem (1277). En dépit de leur implication, les Capétiens ne sont pourtant pas en mesure de sauver les États nés en 1099. En 1291, la chute d’Acre marque la fin de la présence européenne en Terre sainte. Dans les décennies qui suivent, on parle beaucoup de la croisade à la cour de France, et on y rédige quantité de projets d’expédition – le plus célèbre est celui de Pierre Dubois, un légiste qui œuvre à la cour de Philippe le Bel. Encore en 1363, le roi Jean le Bon, à peine libéré de captivité après sa défaite face aux Anglais à Poitiers, reçoit la croix, à Avignon, des mains du pape Urbain V. La Méditerranée, pourtant, s’éloigne. Des anciens États croisés, ne reste plus que Chypre, dont le roi, Pierre de Lusignan († 1369), est loué pour ses exploits par Guillaume de Machaut.